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L’école se prépare à enseigner le code informatique – LeMonde.fr

A la rentrée, le code figurera dans les programmes de primaire et collège. L’éducation nationale poursuit sa mue numérique, même si l’informatique n’a pas encore trouvé sa place dans l’éventail des disciplines scolaires.

LE MONDE | 06.06.2016 à 06h41 • Mis à jour le 06.06.2016 à 10h19 |Par Aurélie Collas

Codage enfant Ecran Minecraft

Aux lignes d’écriture et de calcul qui noircissent les cahiers des élèves, viendra à la rentrée s’ajouter un autre langage : le code informatique. « if (int x = std ::rand ()) » : cette formule n’évoque sans doute pas grand-chose chez la plupart des adultes, mais les jeunes générations, elles, y seront bientôt familières. En septembre, le code fait son entrée dans les nouveaux programmes de primaire et de collège. Un virage, dans un système qui s’est longtemps fondé sur l’idée qu’il n’était pas nécessaire de comprendre ce qui se passe derrière les écrans et qu’il suffisait d’apprendre à les utiliser.

L’initiation commencera dès l’âge de 6 ans. Un peu en CP, CE1 et CE2, et surtout à partir du CM1. Les élèves apprendront à « programmer les déplacements d’un robot ou d’un personnage sur écran » ou à « construire une figure simple ». Au collège, le code devient un thème des programmes de mathématiques et de technologie. Le but est d’être capable d’« écrire, mettre au point et exécuter un programme simple ».

Au brevet 2017, l’épreuve de mathématiques et sciences comportera obligatoirement au moins un exercice d’algorithmique ou de programmation. « L’idée n’est pas de former des spécialistes, mais d’apporter aux élèves des clefs de décryptage du monde numérique, de les amener à voir l’informatique autrement que comme une pensée magique à laquelle on n’aurait pas accès », explique Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire au ministère de l’éducation nationale.

Former des citoyens avertis

A l’origine de cet infléchissement, une ambition présidentielle : celle de « faire entrer l’école dans l’ère du numérique », pour reprendre le slogan de François Hollande. « Tout doit commencer par le codage à l’école, et nous allons donnercette impulsion », avait-il déclaré lors d’un voyage dans la Silicon Valley en février 2014.

Aux Etats-Unis, le discours de Barack Obama, peu de temps auparavant, avait marqué les esprits. « Ne vous contentez pas d’acheter un nouveau jeu vidéo, créez-en un ! », avait demandé aux jeunes le président américain. Dans un monde où tout fonctionne avec des puces et des logiciels, l’enjeu serait donc de former des citoyens avertis – qui plus est capables d’alimenter les emplois de demain –, qui ne restent pas cantonnés au rôle de consommateurs passifs.

« L’INFORMATIQUE A MAINTENANT UN PROGRAMME, MAIS IL N’A NI HORAIRES NI PROFESSEURS »,
GILLES DOWEK, ENSEIGNANT-CHERCHEUR À L’INRIA

Depuis 2012, le « mammouth « de l’éducation opère sa mue numérique, étape par étape. Auparavant, l’enseignement de l’informatique se limitait à une option au lycée, qui n’a cessé, depuis les années 1980, d’être tour à tour supprimée puis rétablie. En 2012, un enseignement de spécialité « informatique et sciences du numérique » est créé en terminale scientifique. Il est étendu en 2de à la rentrée 2015 (sous l’appellation « informatique et création numérique », proposé en enseignement d’exploration), et sera généralisé aux classes de 1re générale en septembre prochain.

A l’école, l’apprentissage du code fait son entrée dans le temps périscolaire, en 2014. Désormais inscrit dans les programmes du primaire et du collège, il est reconnu comme faisant partie du « socle commun de connaissances et de compétences » que tout élève doit détenir à l’issue de sa scolarité obligatoire.

Discipline à part entière

Reste à savoir si l’école est prête à assumer cette nouvelle mission. L’obstacle majeur, c’est que dans le large panel des disciplines scolaires, l’informatique n’a pas sa place. Il n’existe donc pas d’enseignants en informatique, pas de capes ni d’agrégation d’informatique. « L’informatique a maintenant un programme, mais il n’a ni horaires ni professeurs », résume Gilles Dowek, enseignant-chercheur à l’Inria, un centre de recherche consacré au numérique.

Depuis plusieurs années, le lobby dont il fait partie milite pour que l’informatique soit reconnue comme une discipline à part entière, au même titre que la physique ou l’espagnol. Ses adversaires soutiennent l’idée que l’école ferait mieux de se concentrer sur le « lire-écrire-compter » plutôt que de se mettre à enseigner des savoirs supposés fugitifs.

A défaut de professeurs d’informatique, « nous avons fait le choix de nous appuyer sur la mobilisation des enseignants de mathématiques et de technologie, explique Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes. On a estimé que c’était à partir de leurs compétences qu’un tel enseignement serait le plus évident à mettre en place. » Ces derniers sauront-ils transmettre les notions du programme ?

« Certains ont eu des cours d’informatique durant leurs études, mais pas tous. Quant aux professeurs des écoles, ils viennent en grande majorité de filières littéraires et de sciences humaines, et n’ont pas rencontré l’informatique dans leur cursus. Et on va leur demander d’enseigner la programmation ? Il ne me semble pas que les réponses soient à la hauteur des enjeux », déplore Jean-Pierre Archambault, président de l’association Enseignement public et informatique.

Un « effort » de formation

Sur le terrain, des doutes se font entendre« Même si au collège, les choses restent simples, l’informatique n’est pas quelque chose qui m’intéresse, témoigne Julien Cossais, 36 ans, professeur de mathématiques dans les Yvelines, qui a reçu une formation à la programmation à l’université. De plus, le temps que l’on passera à faire de la programmation sera pris sur notre discipline. » Egalement formé à la programmation, Damien Coulle, 40 ans, professeur de mathématiques à Lens, souligne que « cet enseignement peut inquiéter, notamment chez des collègues ayant plus d’ancienneté, dans le sens où il semble difficile d’enseigner une notion qu’on ne maîtrise pas ».

Au ministère, on reconnaît qu’un « effort » de formation s’impose. Mais l’idée de faire de l’informatique une discipline à part entière n’est pas d’actualité. Quand certains s’indignent du peu de cas que l’école fait de cette science du XXIe siècle, au sommet de l’institution, on la perçoit plutôt comme une nouvelle façon de faire des mathématiques, comme une culture et un outil de construction de la pensée qui peut s’incorporer dans tous les champs du savoir. Là est tout le débat.

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